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Le modèle est la partie facile
En un an, la puissance des modèles a explosé. Les usages qui créent de la valeur, non.
Un ami m’a appelé hier. Sa question tenait en deux temps. D’abord : je prends Claude ou ChatGPT ? Puis, après un silence : et je fais quoi avec ?
Sur LinkedIn, des milliers d’experts IA ont pourtant réponse à tout. Les dix prompts qui vont changer votre vie. L’agent qui remplace votre équipe marketing pendant que vous dormez. Ce commerce prospère sur la méconnaissance de la technologie.
Plus le sujet est opaque, moins il faut de compétence pour passer pour expert.
Le Monde racontait cette semaine le malentendu stratégique entre directions et salariés. Selon le Groupe Ifop, moins d’un salarié sur deux perçoit une stratégie IA claire chez son employeur. Chez Capgemini, le plan stratégique place les agents IA au cœur de trois gisements de valeur sur cinq ; un représentant syndical y décrit des formations superficielles et un laboratoire interne insuffisamment doté pour faire tourner des modèles de langage.
Une cadre raconte un patron de start-up qui ajustait sa stratégie au rythme de son fil LinkedIn.
La boucle est jolie. Les experts alimentent le fil, le fil alimente la stratégie, la stratégie alimente les annonces, les annonces nourrissent les experts. Elle ne passe jamais par le réel.
Le réel, lui, a des chiffres. Il y a un an, un laboratoire du MIT Media Lab publiait son étude sur l’IA générative en entreprise : 95 % des pilotes sans impact financier mesurable, pour 30 à 40 milliards de dollars investis.
Un an plus tard, les modèles raisonnent mieux, traitent des documents entiers, pilotent des agents. Le prix du token s’est effondré ; les nouveaux usages en consomment tellement plus que la facture ne baisse pas. Et Eurostat compte une entreprise européenne sur cinq utilisant l’IA, l’Insee une française sur dix. En un an, la puissance des modèles a explosé. Les usages qui créent de la valeur, non.
Le modèle est la partie facile. Dépasser le gadget demande d’abord de :
- rassembler, trier, nettoyer des documents éparpillés entre trois serveurs, des boîtes mail et un ERP vieillissant ;
- faire respecter les habilitations ;
- amener la réponse dans le logiciel métier, pas dans un onglet de plus ;
- puis vérifier ce qui sort, former, maintenir quand les modèles changent, mesurer honnêtement ce que ça rapporte.
Chaque étape est lente, peu photogénique. Aucune ne s’achète avec une licence.
Voilà pour les grands groupes. DSI, équipes data, budgets conseil : tout y est, et ça ne suffit pas.
Une PME de 40 personnes affronte le même chantier sans rien de tout ça. Bpifrance a interrogé 1 200 chefs d’entreprise de PME et ETI :
- 58 % jugent l’IA vitale à trois ou cinq ans ;
- la moitié de ceux qui l’ont adoptée s’en remettent à des outils gratuits ;
- 43 % ne se servent pas de leurs données pour piloter l’activité.
L’enjeu est existentiel, les moyens sont minces. Et c’est à eux que les experts du fil promettent la transformation en dix prompts.
Sources
- Entre salariés et patrons, le grand malentendu des stratégies d’entreprise (Le Monde, Thomas Lestavel, 8 juillet 2026) (nouvel onglet)
- The GenAI Divide: State of AI in Business 2025 (Projet NANDA, MIT Media Lab, juillet 2025) (nouvel onglet)
- Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2024 (Insee Première n° 2061, juillet 2025 ; Eurostat, enquête TIC entreprises, décembre 2025) (nouvel onglet)
- L’IA dans les PME et ETI françaises : une révolution tranquille (Bpifrance Le Lab, juin 2025) (nouvel onglet)
