À la une Inceptive au Forum IT d’Abicom, le 26 novembre à Saint-Étienne

/analyse

Ce que recouvre le mot souveraineté

Une PME n’est pas souveraine. Une région n’est pas souveraine. Ce que le mot recouvre, dans le concret, ce sont des choses mesurables.

Antoine de Decker2 min de lecture

Une phrase du communiqué CAISI du 5 mai m’a arrêté.

Pour évaluer les modèles de Google DeepMind, Microsoft et xAI avant leur mise sur le marché, le gouvernement américain reçoit des éditeurs des versions dont les garde-fous ont été réduits ou supprimés. Le Center for AI Standards and Innovation, rattaché au Département du Commerce, étend ainsi un dispositif en place depuis 2024 avec OpenAI et Anthropic. Le même jour, l’AISI britannique signait un accord parallèle avec Microsoft.

L’asymétrie est nette. Le gouvernement américain teste des versions plus capables et moins bridées. Un acheteur public français qui souscrit à Microsoft Copilot ou à Gemini Enterprise n’aura jamais ce niveau d’information. Il achète un produit dont les capacités réelles sont, par contrat, mieux connues d’une administration étrangère que de lui-même.

Deux États anglophones formalisent leur droit de regard pré-déploiement sur les modèles dominants. Dans cette mécanique, l’Europe continentale n’est ni l’évaluateur, ni l’évalué. Juste l’utilisateur final.

Je tombe souvent sur le même mot. Souveraineté. Le mot me gêne. Il est devenu une étiquette commode, accolée à tout ce qui n’est pas californien.

Une PME n’est pas souveraine. Une région n’est pas souveraine. La souveraineté est un attribut d’État, et l’invoquer à chaque ligne finit par vider le mot de ce qu’il porte.

Ce que le mot recouvre, dans le concret, ce sont des choses mesurables :

  1. Un calendrier de mise sur le marché contrôlé par une administration étrangère.
  2. Une asymétrie d’information sur les capacités des outils utilisés.
  3. Un coût d’usage libellé en dollars, fixé unilatéralement, qui sort du territoire à chaque requête.
  4. Un cadre juridique, le CLOUD Act, la section 702 du FISA, qui rend extractibles les données traitées par un opérateur américain où qu’elles soient hébergées.

Je ne prétends pas que la réponse soit simple. Construire une capacité d’évaluation comme CAISI demande une décennie d’investissement. Le retard européen est réel et je n’ai pas la mesure complète de ce qu’il faudra pour le combler.

Ce qu’un dirigeant peut faire à son échelle reste accessible :

  • demander à ses fournisseurs où sont hébergées les données et sous quelle juridiction ;
  • distinguer dans son SI ce qui peut tolérer un fournisseur américain et ce qui ne le peut pas ;
  • convertir une partie de la dépense IA en investissement local.

Aucune de ces actions n’est la souveraineté. Leur addition produit ce que le mot est censé désigner : une marge de manœuvre, et le droit d’arbitrer sans que la décision soit déjà prise ailleurs.

Le reste est du vocabulaire.

Sources

  1. NIST’s CAISI announces new frontier AI testing agreements with Google DeepMind, Microsoft, xAI (communiqué du CAISI, 5 mai 2026, repris en entier par HPCwire) (nouvel onglet)

/contact

Travaillons ensemble

Découvrez comment Inceptive peut vous aider à transformer votre activité et à résoudre des problématiques opérationnelles complexes grâce à l’intelligence artificielle.

contactez-nous