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Que va faire l’IA à l’économie d’ici 2030 ?
Le choix de déployer l’IA sur les 90 % de tâches où elle ne l’est pas encore se prend maintenant, dans chaque entreprise.
Anthropic a publié en septembre 2026 un modèle qui permet de répondre proprement à la question, à condition d’accepter qu’il n’y a pas une réponse mais plusieurs.
Le principe. L’IA se décrit avec cinq variables :
- ce qu’elle sait faire ;
- la part de ces tâches où les entreprises l’utilisent vraiment ;
- le temps gagné par tâche ;
- la part où elle remplace le travailleur plutôt qu’elle ne l’assiste ;
- les nouveaux métiers qu’elle crée.
Chaque combinaison donne une trajectoire de PIB, de salaires et de chômage. Le modèle ne prédit rien, il rend les hypothèses comparables.
Trois combinaisons sont calculées :
- Modeste : l’IA reste un outil, PIB américain +1,6 % en 2030, chômage inchangé.
- Substantiel : PIB +8 %, 4 % d’emplois de bureau en moins, part des salaires dans le revenu national qui recule de quatre points en quatre ans, l’équivalent de ce que les États-Unis ont perdu en quarante ans.
- Extrême : PIB +32 %, un travailleur intellectuel sur cinq au chômage, et quinze points de PIB qui passent des salaires aux détenteurs de capital.
Les auteurs ont aussi interrogé 11 000 Américains sur ce qu’ils attendent concrètement de l’IA : quelles tâches, quel usage, quel temps gagné, combien de mois pour se reconvertir. Passées dans le modèle, leurs réponses dessinent une économie proche du scénario substantiel.
Trois choses à retenir, à mon sens :
- La variable qui compte le plus est la deuxième, l’usage réel. Aujourd’hui, l’IA est utilisée sur 10 % des tâches qu’elle sait déjà traiter. Le reste dépend des entreprises, de leur organisation et de leurs données, pas des laboratoires.
- Le passage au mode agent, où l’humain délègue et le modèle exécute, est ce qui fait basculer d’un scénario à l’autre. Sur les interfaces de chat, la moitié des usages relève déjà de la délégation. Sur les API, les trois quarts.
- Enfin, le capital qui capte la valeur dans les scénarios avancés, c’est du calcul : des serveurs, financés sur les marchés mondiaux, aujourd’hui presque tous américains. Le modèle est calibré sur les États-Unis et ne dit rien de l’Europe. Mais le mécanisme est le même ici : ce que les salaires perdent va à ceux qui possèdent les serveurs.
Aujourd’hui, les trois scénarios sont indiscernables : ils ne divergent qu’à partir de 2027. Personne ne sait encore lequel nous attend. Mais le choix de déployer l’IA sur les 90 % de tâches où elle ne l’est pas encore se prend maintenant, dans chaque entreprise, et rien n’oblige que ce soit sur du capital américain.
Sources
- Economic Scenarios for Transformative AI (Korinek, Jones, Sacher, Cotter et McCrory, The Anthropic Institute, Working Paper 2026-02, septembre 2026) (nouvel onglet)
- Anthropic Economic Index, troisième rapport : la part de la délégation et de l’assistance sur Claude.ai et l’API (Appel et al., septembre 2025) (nouvel onglet)
